Edition du jeudi 10 mai 2007
 
 
 
 
 
 
 
 
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Spotter spécialiste de l'analyse du discours des médias
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Spotter

Le Médialectik en quelques mots

Spotter est spécialiste de l’analyse du discours des médias. Chaque mardi son MEDIALECTIK restituera à partir d’un corpus de presse écrite, TV et radio, le poids que ces médias accordent au sujet de la Présidentielle, à chaque candidat, à leurs porte-parole, les thèmes, sujets et déclarations retenus….
 

Alors, coupables de quoi, cette fois-ci, les médias ?


Fin de la campagne : l’heure du bilan pour le Medialectik….

Rappelons en préambule que le Medialectik est né de la mise en accusation récurrente des médias majeurs et de leur rôle dans les campagnes électorales, notamment suite au référendum sur la Constitution européenne de 2005. D’où l’idée de développer un outil capable d’analyser la réalité de la couverture média d’une campagne électorale. La mise en ligne du Medialectik sur internet a été l’occasion de présenter un rapide aperçu des résultats observés durant ces 7 semaines. En attendant l’analyse plus développée de l’ensemble des résultats, qui suivra, la fin de cette campagne est l’occasion de tirer un 1er bilan. Alors ? Comment les médias ont-ils fait campagne cette fois-ci ? Quelle différence avec 1995 ou 2002 ?

On aura d’abord été frappé de constater que le sujet essentiel de la campagne média est la campagne elle-même, loin du débat d’idées que les candidats disaient attendre de leurs vœux. Plus de trois quarts des sujets et articles ont été centrés sur l’analyse des stratégies de campagne et sondages ; et la part du débat d’idées n’a en outre cessé de baisser au fur et à mesure des semaines. Seules les 2 premières semaines ont vu les articles sur le fond des programmes et mesures proposées approcher les 50% de l’espace média. Depuis, ce pourcentage s’est écroulé chaque semaine davantage, pour atteindre moins de 10% sur ces 15 derniers jours.

Dans les médias, les candidats sont dès lors moins des leaders d’opinion que des sujets de réflexion et d’articles. On l’a vu, souvenez-vous, avec François Bayrou, très visible dans les médias la 1ère semaine du Medialectik, mais essentiellement parce l’un des sujets majeurs de la période était de savoir comment les autres candidats se positionnaient par rapport à lui. On le constate encore cette semaine avec S. Royal, plus visible dans la presse que son concurrent du 2ème tour, mais en grande partie pour des articles centrés sur la possibilité du rapprochement avec F. Bayrou. Gagner une campagne c’est pourtant bien réussir à imposer ses idées. Alors, comment, dans ce cadre ?

Or, on aura par ailleurs noté que la visibilité de chacun des candidats dans les médias, notamment au 1er tour, est finalement très proche des résultats de l’élection elle-même. Certains y verront une raison supplémentaire d’accuser les médias de soutenir massivement tel ou tel candidat. Les résultats du Medialectik nous poussent davantage à voir ici le résultat de cette absence de débat de fond dans les médias. La focalisation sur les stratégies et les sondages pousse en effet « naturellement » les médias à accorder à chaque candidat la place qu’il occupe dans la réflexion stratégique, donc dans les sondages. Autrement dit, chaque candidat est aussi visible que sa place dans les sondages ne l’y autorise. Et comme les sondages ne se sont pas trompés cette fois-ci…. Mais est-ce un hasard s’ils se sont trompés en 2002 et pas cette fois-ci ? Ou est-ce justement lié à la nature même de la campagne ?

Contrairement aux deux dernières échéances présidentielles, cette campagne aura été marquée par l’absence de thème majeur dominant.

Le social et l’emploi en ont certes été les thématiques phares de la campagne, mais sans réussir à s’imposer comme les thèmes majeurs et dominants qu’ont pu être la sécurité ou la fracture sociale lors des dernières échéances. Du social on en a parlé, mais de manière diffuse, chacun dans son coin, et sans que s’installe un réel débat sur le sujet.

On a pourtant assisté, souvenez-vous, il y a cinq semaines, à une cristallisation passagère du débat. Durant une semaine, un sujet s’était imposé à tous, médias comme candidats. Suite aux déclarations de S. Royal, les médias avaient abondamment parlé de l’identité nationale ; ce thème sera resté celui qui aura obtenu le plus de sujets et d’articles sur l’ensemble de la campagne. Chacun des candidats avait dû y répondre. Cette focalisation de l’attention des médias et des candidats sur un thème porté par S. Royal l’avait alors rendue plus visible que N. Sarkozy. Imposant un thème, elle s’était imposée, visible enfin comme « acteur » de la campagne et non plus seulement comme « sujet »…. Le sujet était devenu l’identité nationale, et non plus seulement S. Royal… très momentanément….

Lors des 2 dernières échéances présidentielles, l’apparition des thèmes de la sécurité ou de la fracture sociale avait chaque fois bouleversé la donne. Le thème majeur s’impose en effet comme élément structurant, qui alimente de manière nouvelle la réflexion des électeurs. Ces derniers ne peuvent y échapper et sont, en quelque sorte, sommés d’y réagir pour se positionner par rapport à lui. Ces réactions étant par nature plus difficiles à prévoir, les sondages se trompent alors davantage ou enregistrent des variations plus fortes….

C’est donc largement cette absence de thème dominant qui explique l’ensemble des précédents constats. « Tout est lié » dirait S. Royal, qui peut aujourd’hui se demander quel thème majeur elle aurait dû imposer, et comment, pour renverser l’ordre préétabli.

Dans ce contexte, qui blâmer pour cette absence de débat ? Les médias qui ne parlent que stratégie, ou les candidats qui ne réussissent pas (ou ne veulent pas) lancer ou participer à un réel débat ? On se contentera ici de noter que quand débat il y a eu, momentanément, entre candidats autour de l’identité nationale ou de la sécurité suite aux événements de la Gare du Nord, les médias s’en sont fait le relai. Aux candidats donc de se demander aussi pourquoi ?

Peut-être d’abord parce que le débat est un jeu plus risqué, dans une campagne « à l’italienne » (on parle ici de football, bien sûr) où il faut d’abord ne pas perdre... Peut-être parce que sans débat préalable au sein de ses propres troupes, le débat risque de réveiller autant les querelles internes que l’opposition externe… Peut-être aussi parce qu’il faut être deux pour débattre…

Quel thème ? Et comment ? C’est sur ces deux questions que sont aujourd’hui « forcés » de réfléchir les responsables, notamment socialistes ou centristes, pour que commence réellement la campagne : aux législatives….

A moins qu’on ait justement assisté à une campagne législative, quelque peu en avance : proche des gens, mettant fortement en avant la parole des citoyens, mais laissant de côté tous les thèmes qui relèvent de la compétence du président de la République : la défense, la politique extérieure, l’Europe, les thèmes régaliens. Mais de ceci, nous avons déjà largement parlé dans un numéro précédent….

En route donc pour une deuxième campagne législative… Place au débat !